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Pour une médiation sereine au service des couples, par Joël Mergui


Les instances démocratiques de notre institution (le Conseil du Consistoire de Paris, le Conseil du Consistoire Central, le Conseil des présidents de communautés, le Corps rabbinique) ont été saisies et informées en toute transparence sur une affaire d’ordre privé qui concerne un divorce religieux particulièrement conflictuel.


Le Beth Din de Paris intervient après les décisions de justice qui règlent le divorce civil (en Israël où le mariage et le divorce civils n’existent pas, le Beth Din dispose de toutes les compétences).


Son objectif premier est de permettre une médiation entre les ex-époux en situation difficile, pour que l’homme accepte de délivrer le guett et que la femme accepte de le recevoir.

 
En aucun cas, le Beth Din n’intervient en amont dans les négociations privées établies entre ex-époux. Il constate la présence d’un accord mutuel permettant la remise du guett.


La situation particulièrement tragique des ex-épouses dans l’incapacité de refaire leur vie -parce que leur ex-mari refuse de divorcer religieusement- est l’objet d’une attention et d’un travail constants des rabbins du Beth Din de Paris qui a créé un accompagnement spécialisé (avocats et psychologues hommes et femmes) pour les femmes placées dans cette difficile condition.


Soucieux de faire respecter les droits des femmes à refaire leur vie religieuse et dans les rares cas extrêmes où le guett est instrumentalisé comme moyen de pression du mari sur son ex-femme, le Beth Din guide une procédure particulière qui permet aux femmes subissant un abus de droit de leur ex-mari de rétablir, devant la justice civile le principe d’égalité bafoué par l’ex-époux. 


L’an dernier le Beth Din de Paris a prononcé plus de 400 divorces, parmi lesquels une vingtaine de cas ont présenté des difficultés, nécessitant des convocations par courriers recommandés. 16 ont été adressées aux ex-femmes et 12 aux ex-maris.


Au total pour 2013, trois cas ont fait l’objet d’un certificat de carence permettant aux femmes de poursuivre en justice pour le préjudice occasionné par leur ex-mari.


11 couples sur un total de près de 5000 divorces religieux, en 10 ans, ne sont actuellement pas encore parvenus à se mettre d’accord pour l’obtention du guett qui les délivrera de leur mariage religieux.


En aucun cas, à l’instar de tous les médiateurs civils ou professionnels, le rôle de médiation des rabbins du Beth Din ne doit servir d’instrument pour peser sur des accords privés dont ils ne peuvent être que les témoins et les facilitateurs pour mettre fin à une situation difficile.


Nos synagogues sont le reflet d’un Judaïsme ouvert tel qu’il se pratique dans toutes nos communautés qui accueillent indifféremment tous les Juifs quel que soit leur degré de pratique. Cette pluralité de convictions est au cœur de la Loi juive -la Halakha - transmise, appliquée et préservée universellement dans le monde juif reconnu par tous les Rabbinats et notamment celui d’Israël.


Qu’il s’agisse de cacherout, de circoncision, de mariage, de conversion ou de divorce par exemple, les décisions du Beth Din de Paris -qui n’engagent que le statut personnel religieux des juifs qui y ont librement recours-, sont reconnues par tous les Beth Din du monde, fidèles à la Halakha. Compte-tenu des déplacements et alliances matrimoniales, il est primordial que les actes religieux continuent d’être reconnus à l’avenir. 


Dans le contexte actuel de crispation et de défiance vis à vis des religions et de focalisation exacerbées autour des Juifs et du Judaïsme, notre institution fait l’objet d’une surexposition médiatique injuste et injustifiée.