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En mémoire du Lekha Dodi du Vel d’Hiv

 

16 juillet 1942 : premier jour de l’opération « Vent printanier » plus connue sous le nom de la Rafle du Vel d’hiv. En deux jours, 13 152 juifs majoritairement des femmes et des enfants sont arrêtés et parqués au Vélodrome d’hiver, coupables d’être juifs.


17 juillet 2011 : cérémonie commémorative des Hauts-de Seine, deux femmes témoignent. Elle décrivent l’horreur : les hurlements des petits terrorisés, les cris des mères qui réclament du lait et du pain pour les enfants, les plaintes des malades sans soin qu’on laisse souffrir ou mourir, les hurlements des fous, les pleurs, l’odeur pestilentielle sous une verrière en plein été, sans toilettes ni eau.


Mme Tavernier avait 22 ans, elle était assistance sociale. Tous les jours de leur dénuement et de leur abandon, elle est venue apporter aide et réconfort, outrepassant les consignes de Vichy. Elle se souvient de ce jeudi comme hier : du brouhaha continuel et assourdissant pendant les cinq jours, sauf au deuxième jour de la rafle, un vendredi. Au soir - par delà les clameurs -, une mélopée fredonnée, mélodie entêtante dont elle n’a pas su le sens est montée du Vel d’hiv et l’a surprise. Madame Tavernier n’est pas juive, c’est un témoin.


Mme Szapiro avait 10 ans, elle était l’une de ces 4051 enfants détenus, la faim, la soif et la peur au ventre. Séparée des siens, elle eut la chance rare d’être cachée et sauvée de ce que l’on appelait pudiquement un « camp de transit » : Beaune-la-Rolande, Phitiviers, Gurs ... Elle aussi se souvient, de tout : du baluchon fait à la hâte sous le regard des policiers venus les arrêter; des bougies que sa mère avait glissées d’un geste évident, dans l’urgence, parmi leurs maigres effet ; de ce premier chabbat de captivité ; des bougies allumées en famille, les dernières avant qu’on leur ordonne de les éteindre et que l’on emporte sa mère quelques jours plus tard, à jamais.


Au cœur des ténèbres, il est resté assez de foi pour que la peur, la faim ou la douleur cèdent le pas à l’espoir, à l’accueil et l’exaltation du Chabbat : commandement suprême, condensé de Torah, affirmation d’une identité juive fondée sur un même credo depuis 3800 ans.


Là est le sens de cette mélopée entendue - Lekha Dodi - dont Mme Tavernier conserve le souvenir. Là est le devoir de notre mémoire : faire qu’à l’image de cette enfant de 10 ans qui célébra chabbat au Vel d’hiv, nous transmettions nous aussi les paroles de ce cantique. Petite fille du Vel d’hiv, Mme Szapiro a transmis Lekha Dodi à ses enfants, petits-enfants et arrières-petit-enfants. Et nous, resterions-nous là sans transmettre à notre tour  « uri, uri chirdaberi, dresse-toi et entonne un cantique ? »


Joël Mergui


Extrait du journal Actualité Juive N°1172 du 21 juillet 2011