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Pourim ou la victoire de la joie sur la peur, par Haïm Korsia, Grand Rabbin de France


L’histoire de Pourim est malheureusement d’une actualité terrifiante. Aujourd’hui, comme il y a deux mille cinq cents ans, il y a, chez certains, une obsession de tuer les juifs. De tous temps, que ce soit Aman, les nazis, ou les barbares, c’est la même haine éprouvée à l’égard de Mardoché – refusant de courber la tête – qui est à l’œuvre. La Meguila d’Esther (le Livre d’Esther) chante l’espérance, la confiance en Dieu et la paix retrouvée.


Le mois de Adar est porté par l’espérance du Talmud qui affirme : « Lorsque le mois de Adar débute, la joie augmente ». Ce n’est pourtant pas la traduction littérale de cet enseignement : c’est à nous d’amplifier la joie et de ne pas nous laisser abattre par la haine viscérale des descendants d’Amalek. C’est dans cette voie que s’est engagée la communauté juive.


Malgré la situation, les synagogues n’ont pas fermé, les activités ont été maintenues, les cours, les offices, les fêtes, les chabbatot pleins… cette joie partagée est la façon de nous inscrire dans un projet ouvert et vivant, car Am Israël Haï, le peuple d’Israël porte en lui ce souffle de vie.


Que retenir de la réaction d’Esther et de Mardoché ? Une fois Aman et tous les fanatismes éradiqués, la Reine et Mardoché décident de donner de l’argent aux pauvres, de s’échanger de la nourriture et de vivre un repas festif partagé. Ce sont ces mitzwot qui permettent la reconstruction du lien social, portées par le rêve, qu’incarne le judaïsme, de vivre en harmonie avec ses concitoyens.


Il faut aujourd’hui mettre urgemment en place la théorie américaine de la « broken-window » : poursuivre et sanctionner sévèrement toute personne coupable d’actes antisémites ou racistes, en ne tombant pas dans le piège de la banalisation ou de l’indifférence. Il est également de notre devoir collectif de mettre en œuvre des actions pédagogiques fortes et dès le plus jeune âge. Favoriser le dialogue interreligieux, la rencontre et la connaissance de l’Autre dans les écoles de la République sont essentiels au réenchentement du vivre-ensemble.


Lorsque les résultats de la lutte contre l’antisémitisme seront tangibles, que le mal sera endigué, il nous faudra garder cette logique de consolidation des ponts vers l’ensemble de la société. Si les événements nous ont malheureusement tous poussé à focaliser nos attentes sur des mesures de sécurité et de protection, ce qui était urgence absolue, rien ne nous fera oublier notre vocation de transmettre nos valeurs et de les diffuser dans l’ensemble de la société.


Pourim est le temps où notre capacité à vivre du bonheur et de la joie se confronte à la peur. C’est alors la joie qui l’emporte, celle qui donne naissance à la vie et que le peuple juif a toujours choisie. Les familles endeuillées début janvier à Vincennes, à Toulouse il y a trois ans, sont parvenues à intérioriser avec force, dignité et courage cet enseignement, forçant l’admiration de tous.


L’espoir et la confiance en l’avenir sont et doivent être plus forts que l’abattement et l’inquiétude. Comme je le soulignais à Hannouka, ce n’est pas l’accumulation des malheurs qui nous pousse à être défaits, ni l’accumulation des bonheurs qui nous rend heureux. C’est notre capacité à envisager un autre possible. Si certains pensent qu’au-delà du possible, il n’y a que l’impossible, le judaïsme sait que depuis 3500 ans, il en a vécu l’expérience à Pourim. Il nous faut juste être capable d’inventer un autre possible, mais il passera toujours par deux points :

Souviens-toi de ce que t’a fait Amalek et servez l’Eternel dans la joie.


Bonne fête et bonne espérance partagée.


Pourim Sameah à tous !




(Extrait d'Actualité Juive du 26/02)