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La France et les Juifs, des cibles privilégiées par Joël Mergui


En s’attaquant à la France qui lutte militairement contre le djihadisme, en ciblant la plus importante communauté juive d’Europe et en créant volontairement un amalgame pernicieux avec la communauté musulmane républicaine, les djihadistes ont cherché à démontrer qu’ils avaient, selon eux, le pouvoir de détruire notre monde, un monde moderne, libre et tolérant, où la fraternité constitue un horizon de sens à l’inverse de l’exclusion.


Depuis les attentats de Toulouse, de l’Hypercacher et maintenant les attaques au couteau à Marseille - confirmant tous le caractère antisémite de la guerre djihadiste contre la démocratie -, la question m’est sans cesse posée de savoir si les Juifs sont inquiets au point de renforcer encore davantage l’alya.


Je ne sais pas si, dans un tel contexte, il s’agit de la meilleure question à poser. Qui ne le serait pas en devenant les cibles privilégiés - par balles ou au couteau - des djihadistes qui nous détestent autant qu’ils détestent la France et la laïcité ? Pour autant la menace physique n’est pas le seul sujet d’inquiétude, la preuve en est que c’est en Israël que les Juifs français s’expatrient, pays à très haut risque d’attentats et menacé de destruction massive. Citoyens français de longue date, les Juifs français sont surtout inquiets pour leur pays, pour ses valeurs universalistes de plus en plus exposées aux tentatives et aux tentations de désunion créées et entretenues par les djihadistes. L’inquiétude des Juifs français est d’autant plus légitime que l’objectif de ces fanatiques est de morceler la communauté nationale en autant de petites communautés que d’origines différentes, de cultes ou d’opinions, pour mieux les diviser et ainsi briser l’unité nationale.


Nous n’avons pas oublié les cris de « morts aux juifs » dans les rues de Paris en Juillet 2014 et les manifestations anti-israéliennes soutenues par des irresponsables politiques ou associatifs qui font souvent le jeu des terroristes et des antisémites. Nous n’avons pas oublié non plus les discours qui prétendaient opposer dos à dos notre communauté à la communauté musulmane comme s’il existait entre elles une lutte communautaire du type dérive sectaire ou religieuse ! Or, non seulement les faits démentent ce type de raisonnement facile, mais cette perception de la réalité fait le jeu des terroristes. En effet, non seulement elle méconnait des différences majeures mais elle amalgame aussi à tort tous les musulmans à des djihadistes, par définition anti-républicains et anti-démocrates. En introduisant un doute, elle néglige les vrais problèmes et les vrais ennemis.


Ce manque de discernement ne peut qu’inquiéter davantage les Juifs français qui se sentent encore plus isolés et incompris. De fait, si les enjeux et problèmes dépassent largement les Juifs et concernent toute la nation, les Juifs ont le triste privilège - malgré leur entière reconnaissance - de devoir étudier et prier sous haute protection militaire, comme ils sont les seuls, en pleine démocratie, à devoir s’imposer de choisir, à Marseille, entre la kippa ou la vie !


Si les djihadistes haïssent les Juifs, ils haïssent presque tout autant la laïcité, or c’est la France qui l’incarne le mieux et le plus ! Outre qu’à leurs yeux elle refuse de donner aux religions une place prépondérante dans le débat public - et plus encore à la leur, dont se revendique le djihadisme fabriqué sur mesure par et pour des criminels -, la laïcité a pour eux le tort d’être acceptée et admise par les Français et tous les cultes comme une évidence. L’évidence que l’État doit être neutre en matière de religions, comme inversement celles-ci doivent l’être dans les affaires de l’État qui concerne l’ensemble des citoyens et pas seulement les croyants !


Partant du constat de la détestation des djihadistes pour la laïcité, certains professent la radicalisation des règles laïques comme réponse à l’islamisme radical. Or, ce faisant, ils dénaturent non seulement l’essence de la laïcité, mais ils manquent complètement leur objectif et ne pénalisent en définitive que les Juifs ! La raison en est que, de tous les cultes, seul le Judaïsme requiert un rapport particulier au temps, à l’espace, à l’alimentation, au corps, ou à l’organisation sociale et familiale. Par conséquent, une radicalisation de la laïcité dans la pratique du culte n’impacterait véritablement que les Juifs !


De tous les cultes qui composent la diversité culturelle et religieuse de notre pays, le Judaïsme est le seul qui soit ainsi exposé à un triple défi : la menace antisémite, l’expatriation vers des pays où il est plus facile d’être Juifs, et l'effritement de la solidarité nationale au moment où la menace concerne désormais tout le monde et pas seulement les Juifs, premières victimes de la haine djihadiste.


Ce triple défi, c'est certes d'abord aux Juifs français de le relever, mais c'est aussi à la France, pays des Droits de l'Homme et terre de laïcité, de comprendre que le Judaïsme français doit pouvoir continuer d'exister comme culte vivant et que les Juifs français doivent pouvoir pleinement vivre comme des Juifs français.


Si nos valeurs républicaines et démocratiques doivent constituer notre plus petit dénominateur commun pour vivre ensemble, le consensus sur la préservation du Judaïsme et la sécurité des Juifs doit rester le plus petit dénominateur commun de la solidarité nationale, sous peine de donner raison à ceux qui croient pouvoir détruire la France laïque et fraternelle.


La France perdrait son âme et son combat contre l’obscurantisme, si un jour les Juifs français devaient devenir les « marranes, » du XXIème siècle, en étant obligés de se convertir en porteurs de casquette ou en « hipster » pour échapper aux poignards fanatiques de la haine antisémite.