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Une réponse juive à un tournant historique : le mouvement, par Joël Mergui


 

Un jeune rabbin et un vieux prêtre, tous deux hommes de foi, ont été fauchés, à 4 ans d’écart, par la même mauvaise foi islamiste anti "démocraties" et antisémite qui instrumentalise la religion pour répandre la mort et la terreur.

 

Entre ces deux assassinats, des militaires, un journal, des magasin s casher, des lieux de culte, des cafés, restaurants, un stade, des policiers, une salle de spectacle, la Fête nationale même, ont été le théâtre de carnages de masse, tous commis par des hommes hors la loi, soldats sans uniforme d’une cause plus crapuleuse que religieuse, qui refusent non seulement les règles du vivre-ensemble mais aussi tout code de morale élémentaire.

 

Une guerre d’un genre nouveau, que nous n’avons ni voulue ni déclarée s’est engagée, malgré nous, sur notre sol, et fait de chacun de nous, solidairement liés , des victimes potentielles des djihadistes. Il nous faut tous regarder la réalité en face, dans toute son horreur et prendre nos responsabilités, sans déni et en connaissance de cause. Désignée comme l’avant garde des sociétés démocratiques, que rêvent de détruire les partisans d’un califat antisémite autoproclamé, notre communauté fut la première atteinte et la première à devoir réagir à ce qui s’annonçait déjà comme un tournant majeur de l’histoire.

 

Grâce à un partenariat étroit avec les pouvoirs publics, à tous les niveaux de l’État, nos structures ont été sécurisées, des soldats et des policiers ont prévenu le danger de notre isolement en assurant la défense active de nos lieux de vie et nous ne pouvons que louer leur remarquable efficacité et les remercier pour leur rôle exemplaire. Le mal, qui atteignait jusqu’à l’an dernier principalement la communauté juive s’est désormais propagé, en s’amplifiant, à l’ensemble de la société, dont les besoins de protection sont maintenant sans cesse croissants devant l’extension de la menace potentielle et réelle. La France s’initie aux attentats de masse, aveugles, cruels et barbares. Les forces de sécurités fortement mobilisées ces derniers mois ne peuvent se démultiplier et nous devons redoubler de vigilance et adopter, chacun, une attitude responsable pour faire face solidairement aux dangers.

 

Changement d’époque, mais aussi de paradigme : Israël, systématiquement montré du doigt hier pour ses mesures de protection drastiques contre le terrorisme palestinien, se trouve soudain donné en exemple par nombre d’experts en sécurité. Au ban des nations en paix, isolée durant des années, la société israélienne s’est préparée à affronter le péril djihadiste et à vivre au rythme des attentats et des entreprises conjointes de dé légitimations qui vont jusqu’à toucher cyniquement Jérusalem, dont le passé et le capital juif ont été totalement occultés pour être mieux reniés. Or, c’est précisément la fidélité des Juifs à Jérusalem, à Sion et à leurs valeurs qui est la source de leur fidélité aux nations dans lesquelles ils vivent et qu’ils contribuent à bâtir.

 

Dans l’épreuve collective que notre société traverse, nombre de familles juives françaises ont été et seront encore attirées par l’Alya. Avec le départ des Olim, dont le choix est dicté par le coeur et non par la peur, nous devons trouver au sein de nos institutions et de nos communautés des ressources nouvelles pour pérenniser le Judaïsme à la française, dont la qualité, la mixité réussie des origines et des pratiques autant que le haut niveau d’engagement sont partout appréciés et notamment en Israël.

 

L’onde de choc traumatisante du terrorisme a remis la communauté juive française en mouvement et s’est propagée loin outre l’Alya, jusqu’à réveiller, chez certains, le souvenir d’un Judaïsme familial que l’on croyait à jamais enfoui ou disparu. Ailleurs, le réveil brutal a rompu avec le confort des habitudes héritées du passé et poussé à réinventer le présent pour mieux écrire l’avenir. Impulsée par cette remise en mouvement soudaine, une dynamique de création est désormais en marche qui peu à peu va bousculer notre routine et nous donner l’opportunité de recomposer le paysage juif français des années à venir.

 

Pour nourrir cette dynamique et donner une direction positive au mouvement de la communauté juive française - qui refuse de laisser quiconque décider pour elle de son destin -, nous devons « Faire vivre notre patrimoine, » comme un programme volontairement actif qui redonne à ceux qui s’en tiennent encore éloignés, le goût du Judaïsme et de l’engagement communautaire au travers d’activités pluridisciplinaires et variées.

 

Toutes les pistes doivent être suivies simultanément pour renforcer, non seulement la communauté au niveau local et national, mais surtout l’institution consistoriale qui est aujourd’hui de plus en plus citée en exemple pour avoir historiquement accompagné la mutation et la sécularisation du culte juif en France, dont elle a structuré et centralisé la gestion, le contrôle et l’administration. Pour historiques qu’ils soient, son rôle et son importance, demeurent essentiels et très observés dans le contexte actuel qui nécessite plus que jamais, union, unité, créativité et efficacité .

 

Or, rien n’est acquis définitivement, tout comme les hommes, les institutions sont fragiles. Tout ce bel édifice bicentenaire bâti par des générations de volontaires, de rabbins et de dirigeants institutionnels dévoués et visionnaires pourrait être mis à mal et connaître une phase de turbulence sans précédent si l’on ne veillait pas à maintenir la flamme du Judaïsme consistorial en lui donnant les moyens de poursuivre son oeuvre. Le Judaïsme présente encore cette particularité relativement unique de devoir compter presque exclusivement sur chacun de ses membres pour garantir et pérenniser son héritage cultuel, éthique et culturel. Parce que le renouvellement générationnel des cadres communautaires devient de plus en plus problématique à mesure des départs, la relève communautaire et sa formation représentent des enjeux encore plus urgents qu’hier à relever. Si chacun, d’ores et déjà, acceptait de mettre en commun un peu de son temps, de son génie propre et de ses compétences pour le bien commun, avec l’idée d’effectuer un « Service associatif juif, » nous aurions fait un grand pas vers plus de solidarité et de générosité, les uns envers les autres et envers notre institution.

 

Année après année, ne l’oublions jamais, le Consistoire se bat au quotidien pour assurer la pérennité en France de la cacheroute, de la circoncision, du respect du temps et du calendrier juif et pour que notre liberté de culte ne soit pas un idéal mais une réalité. Or, si aucune ressource nouvelle, humaine et financière, ne vient dès maintenant le renforcer, c’est l’ensemble des services consistoriaux qui risque d’être durement fragilisé dans les mois et les années à venir.

 

Ma responsabilité, à nouveau engagée, consiste à accompagner le tournant historique que nous traversons tous et à encourager la dynamique créatrice qui parcourt notre communauté, dont la mutation est démographique mais aussi géographique, structurelle et culturelle. Nous connaissons trop le danger du déni pour refuser de voir que rien ne sera plus comme avant, que rien n’est dû et encore moins donné.

 

Notre tradition de générosité nous enjoint de soutenir la Loi juive. Or, comment mieux faire preuve de confiance et de générosité qu’en étant solidaire du Beth-Din consistorial, dont l’autorité, la qualité et le travail sont reconnus dans le monde entier, à commencer par le rabbinat d’Israël ? Pour qui veut simplement témoigner son attachement ou son soutien, l’acte d’achat casher est un acte fort de générosité et de solidarité qui permet de continuer à offrir pour tous, à la fois la diversité et la garantie des normes halakhiques les plus exigeantes.

 

Que tout celui qui fait un don en faveur de sa synagogue, sache qu’il restaure le principe du Ma’asser (dîme) tel qu’il était pratiqué à l’époque biblique selon la prescription biblique. Par sa contribution volontaire, il permet, comme hier, de subvenir aux besoins des institutions sociales et religieuses. Il concourt à prendre en main son destin, en contribuant à bâtir des nouvelles structures partout où elles deviennent nécessaires comme par exemple dans le 17e, le 16e arrondissement de Paris ,à Courbevoie,ou dans diverses villes. Il entretient aujourd’hui l’élan de vitalité de notre communauté qui refuse de céder au terrorisme ou au défaitisme en continuant de tracer les contours d’un avenir juif en France.

 

Si chacun d’entre nous, par-delà nos sensibilités, nos convictions et même parfois nos griefs, consentons à agir pour : l’accueil de l’autre, l’engagement bénévole, le soutien de l’autorité religieuse et la contribution à l’institution, le Judaïsme français trouverait sans nul doute les ressources nécessaires au maintien durable de ses structures et au développement de ses oeuvres. Faire plus et mieux avec moins est du domaine de nos possibles et de nos devoirs, si nous voulons ensemble continuer de faire partie d’une communauté belle, généreuse, solidaire et ouverte.

 

Le Consistoire est votre Maison commune, elle vous est ouverte, elle est à votre écoute, à votre service, à chacun d’entre vous d’y prendre toute sa place !

 

Chana Tova, que la paix, la joie et la réussite président à cette nouvelle année.