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210 ans de construction du patrimoine juif de France et de solidarité


Le Consistoire fête cette année ses 210 ans d’existence. Depuis 1808, date de la création de l’institution consistoriale par Napoléon 1er, le Consistoire fédère les communautés juives de France, il gère, sauvegarde et pérennise le culte juif en France. Il protège la cacherout, la développe, la modernise. Via ses tribunaux rabbiniques, il délivre, authentifie, certifie, enregistre et archive tous les documents qui marquent les grandes étapes de la vie juive, dont la valeur et la validité sont reconnues en Israël et dans le monde entier. Notre institution plus que bicentenaire gère le culte, salarie les rabbins, les professeurs de talmud torah, assure le fonctionnement de l’école rabbinique, la seule en France à former le personnel rabbinique et à pouvoir délivrer le diplôme de rabbin. Depuis 210 ans, le Consistoire est aussi à l’origine d’une formidable dynamique de construction. Durant plus de deux siècles au sein du Consistoire, des hommes et des femmes déterminés ont constitué un mouvement de bâtisseurs sans égal et ont créé partout des communautés, édifié des synagogues.


En se perpétuant aujourd’hui encore, ce mouvement de bâtisseurs continue de faire œuvre de création de patrimoine et participe à l’inscription dans le patrimoine historique national de bâtiments à vocation juive partout en France, aussi bien au coeur des espaces ruraux que dans les petites ou grandes cités. Durant de longues périodes, et bien que les juifs soient présents en France depuis l’antiquité, ce patrimoine juif fut quasiment invisible avant l’émancipation et la création du Consistoire, parce qu’interdit de cité ou caché.


Il fut souvent détruit durant les tragiques événements qui ont jalonné notre histoire et l’histoire de notre pays. Parfois toléré, souvent ignoré ou bâti pour être dissimulé aux regards, notre patrimoine synagogal reflète sans conteste toute la diversité et la complexité de la communauté juive française. Il témoigne au travers de l’engagement sans faille de ses donateurs, mécènes, présidents et rabbins, salariés et bénévoles depuis plus de deux siècles, de la volonté du Consistoire de construire un judaïsme ouvert, fidèle à ses racines et parfaitement intégré à la société française.


Une intégration qui, si elle ne fut pas sans heurts ni malheurs, s’est toujours manifestée parallèlement à notre participation à la vie politique, artistique, intellectuelle ou culturelle de notre pays, au travers des signes tangibles de l’identité juive à savoir ses lieux de culte et de culture. Si ceux-ci constituent dans la cité des repères autant que l’illustration d’une des multiples influences qui ont construit la patrie des Droits de l’Homme, la beauté et la diversité de nos bâtiments sont également le symbole d’une solidarité communautaire qui se perpétue aujourd’hui encore et qui se doit d’être prolongée.


En effet, dans un contexte difficile, où l’islamisme radical continue de progresser et de prospérer grâce aux antisionistes irresponsables, tout devrait nous dissuader de penser sur le long terme et de bâtir. J’ai pourtant choisi avec le Consistoire d’accompagner obstinément le dynamisme de nos communautés. Contre la morosité et le fatalisme, contre ceux qui voudraient nous dicter une fois de plus notre avenir, j’ai choisi de rénover, sécuriser et mettre aux normes nos synagogues et construire comme le Centre Européen du Judaïsme à Paris, l’Espace du Judaïsme dans le 16e arrondissement, ou encore à Créteil, Courbevoie … Partout le Consistoire s’engage au travers de ses communautés que ce soit - exemples parmi tant d’autres - à Marseille, Monaco, Amiens, Lille, Angers, Lyon ou Troyes tout récemment. Inlassablement mon modèle et mon objectif consistorial consistent à assurer nos missions de services et d’accueil mais aussi de promotion et de représentation du Judaïsme, pour défendre partout une vie juive authentique qui répond aux besoins des juifs, leur permet de rester juifs tout en rapprochant de leurs racines ceux qui s’en sont le plus éloignés. Ma conception d’un Judaïsme fidèle et ouvert comme un service public au sein de la communauté refuse toute notion de privatisation pour privilégier la transmission d’un patrimoine commun et non exclusif dont puissent hériter les générations juives futures.


Que les juifs, où qu’ils soient, restent juifs, qu’ils soient heureux d’apporter à leur histoire, à leurs racines de quoi perpétuer leurs traditions et les enrichir de façon à les transmettre, à leur tour, à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants, telle est l’une des principales raisons d’être du Consistoire depuis plus de 200 ans. Cette raison d’être est une obsession qui m’habite également et conditionne mes actions en faveur des communautés, qu’elles soient en péril ou dynamiques, petites ou grandes, pour mettre en place des dispositifs et des actions nouvelles autant qu’un véritable réseau de solidarités qui dépassent et repoussent nos limites actuelles pour éviter la déperdition et la dissolution de notre identité dans un espace de pensée et de pratiques uniques.


Petites et grandes communautés ont besoin d’être liées et solidaires entre elles, car c’est de leur différence et de leur communion que nait le sens profond de l’unité qui scelle le peuple juif. C’est parce qu’il y a des communautés dynamiques et pleines de ressources que d’autres - toutes aussi entreprenantes mais moins favorisées -, peuvent bénéficier du soutien de la dynamique consistoriale dans un système équitable de vases communicants, à condition toutefois que chacun assume sa part de responsabilités et prenne conscience des véritables enjeux de sauvegarde et de transmission. C’est pourquoi, malgré ses difficultés à la mesure de ses enjeux nationaux, j’ai durant de nombreuses années mis tout en œuvre pour que l’ACIP demeure un modèle d’unité et de solidarité avec l’institution centrale, fédération de toutes les communautés juives de France.


C’est dans cette optique que j’ai mis en place la ‘Hazac au tout début de mon mandat, il y a de cela 10 ans, pour que ce mouvement de jeunesse consistorial apporte son enthousiasme et ses méthodes propres pour dynamiser les petites communautés d’une part et d’autre part redonner le goût et le sens de l’engagement aux jeunes des grandes communautés qui ont l’embarras du choix partout où la population juive est plus dense et les structures plus nombreuses.


C’est également pour donner aux petites et grandes communautés plus de visibilité, de moyens d’agir et pour valoriser leur riche patrimoine culturel local que nous avions créé en 2009 la Fondation du patrimoine juif de France et initié dernièrement le programme « Vive notre patrimoine ! » Ce programme à la disposition de toutes les communautés à travers la France, s’adresse à tous, aux habitués comme à ceux qui fréquentent occasionnellement nos maisons communautaires.


Lieu emblématique du Judaïsme, la synagogue est souvent considérée à tort comme étant exclusivement une maison de prières et d’études, oubliant qu’elle est avant tout la maison communautaire par excellence, la source qui irrigue tout le judaïsme depuis des millénaires, sorte de maison de la rencontre avant la lettre où se tisse du lien social et s’y exerce la solidarité entre individus de toutes origines, classes sociales et pratiques confondues.


C’est pourquoi, ce programme se veut non seulement la mise en valeur de notre patrimoine synagogal dans le cadre du rayonnement d’une « vie juive à la française » dynamique et moderne, mais il a aussi pour vocation d’aller à la rencontre d’un public qui n’ose pas toujours franchir les portes d’une synagogue ou d’un centre communautaire mais s’interroge pourtant sur le judaïsme, sur ses origines familiales ou espère un début de lien pour retisser le réseau des racines oubliées.


De la même manière que nous avons pour nous-mêmes l’obligation d’aller au-delà des limites de notre étude et de notre connaissance, nous avons vis-à-vis de nos frères et sœurs ce devoir de la main tendue, l’obligation de leur faciliter l’accès à leur traditions perdues et de leurs ouvrir grandes les portes du partage de notre avenir commun.


En symétrie, aux noms des valeurs d’universalité, de liberté, d’égalité et de fraternité qui fondent notre pays, nos gouvernants ont la responsabilité politique et morale - au-delà des mots et des promesses -, de permettre concrètement aux juifs de mener pleinement leur vie de citoyens juifs français. Ma responsabilité est précisément de sensibiliser les autorités aux projets et aux enjeux de notre communauté.


Car l’essentiel plus que les pierres et notre patrimoine matériel est bel et bien la perpétuation du judaïsme lui-même, lequel ne peut être transmis autrement que par des familles juives engagées et soucieuses de préserver toute la richesse du patrimoine immatériel juif. C’est du reste ce que Natan Sharansky, Président de l’Agence juive mondiale et ancien Refuznik, avait parfaitement analysé en intensifiant son partenariat avec le Consistoire. Ceux qui parmi nous font leur Alyah sont presque assurés que leurs enfants resteront juifs et continueront de défendre Israël comme terre et comme peuple. Si nous voulons qu’en France les juifs conservent leur identité, transmettent un judaïsme à la française et créent ce pont entre la communauté francophone en Israël - que nous avons vocation à accompagner - et la communauté juive en France, nous devons non seulement garder un lien étroit avec Israël mais cultiver également notre proximité avec un judaïsme authentique et sincère, tel qu’il s’est transmis de génération en génération jusqu’à nous, avec le devoir de le perpétuer.


Héritiers et auteurs d’un patrimoine d’une richesse matérielle et immatérielle exceptionnelle, nous aurons individuellement et collectivement contribué à le faire vivre, à le valoriser et à le faire fructifier si nous acceptons tous, avec le Consistoire, la lourde responsabilité de ne laisser aucun juif orphelin de son héritage et permettons à chaque famille de pouvoir vivre une vie juive pleine et entière.


Merci à tous ceux qui font vivre au quotidien notre patrimoine et notre institution. Au nom de tous nos permanents et bénévoles, je souhaite à chacun d’entre vous une belle, paisible et entreprenante année 5579.


Chana tova !


Joël Mergui

Président du Consistoire