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Pessah ou le retour de l’espérance, par Haïm Korsia, Grand Rabbin de France

Jeudi 02 avril 2015

 

Pessah est le temps où nous retrouvons notre espérance. Si nous commémorons bien la sortie d`Egypte, nous nous remémorons surtout notre capacité à nous abstraire de tout ce qui nous enferme. L`Egypte est le symbole de l’étroitesse, selon l’étymologie même du mot Egypte en hébreu, Mitsraim. Si nos ancêtres ont su trouver le ressort moral, la force de s’extraire de la simplicité des choix à opérer en état d’esclavage, c’est afin de nous donner confiance, en l’Eternel et en nous, et nous permettre d’affronter toutes nos prisons contemporaines.


Nous sommes en effet souvent les bâtisseurs de nos propres geôles et c’est le sentiment de ne pas pouvoir nous en extraire qui rend notre liberté impossible. Comme le disait si justement Marck Twain : «  Ils ne savaient pas que c’était impossible, et c’est pour cela qu’ils ont pu le réussir ». Pessah est justement le moment où tout devient possible, par delà les certitudes que les uns ou les autres peuvent défendre, avec la conviction que Dieu nous accompagne et nous donne la force ; oui, la force d’oser sortir de nous-mêmes.


C’est une question importante que de savoir si nous pouvons être autre chose que ce que le monde, la société, les choix des autres ont fait de nous. Mon maître, le Grand Rabbin Emmanuel Chouchena, enseignait à propos du célèbre verset du psaume 145 [" Ouvre Ta main, Seigneur, et rassasie toute créature par Ta volonté "] une autre interprétation que celle qui semble évidente. Il expliquait que ce que Dieu nous offre afin de nous rassasier, c’est la volonté. Sans volonté, rien ne peut se faire, sans volonté, sans ratson, aucune Bastille ne peut tomber, aucune sortie d’Egypte n’est possible.


La grandeur de notre foi se démontre dans sa culture du partage. Dès lors que nous avons compris comment redevenir des femmes et des hommes libres, parce que fidèles à la parole divine, nous ouvrons notre espérance à tous. Nous proclamons "que celui qui a faim, vienne et mange", car nous ne pouvons concevoir retrouver une forme de liberté et ne pas y associer nos contemporains. Et pour être certain d’être bien compris, nous avons la tradition d’ouvrir la porte de notre maison, afin de transcrire immédiatement notre parole en action. Car ce ne peut être simplement une belle pensée, cela doit devenir notre impératif d’action.


Pessah est aussi la mise en mouvement de toutes nos convictions et leur transcription en action. Ainsi, juste avant la fête, nous avons procédé à une grande collecte afin de fournir des paniers de Pessah pour nos frères et sœurs démunis, pour ne pas vivre ces fêtes égoïstement. L’élan du seder doit nous encourager à transformer tous nos désirs de changer le monde en réalité effective.


Pour ce faire, il nous faut raconter. C’est le sens même du mot Pessah, lorsque nous le décomposons en Pe, la bouche, Sakh, qui parle, qui raconte. L’enjeu est d’organiser la possibilité de raconter, ce qui implique de rassembler autour de la même table jeunes et anciens ; ceux qui ont vécu une expérience et veulent la raconter à d’autres. C’est ce qu’affirme Elie Wiesel lorsqu’il écrit que « vivre une expérience et ne pas la transmettre, c’est la trahir ». Nous avons vu combien cette transmission était difficile entre la génération des survivants de la Shoah et leurs enfants. Ce n’est qu’avec leurs petits enfants qu’ils ont pu raconter et donner tout son sens au verset du Deutéronome : "Interroge ton père et il te racontera, tes anciens et ils te diront".


Pessah est le temps de cette liturgie familiale de la table où, à travers les symboles de la nourriture, nous croyons en notre possibilité de changer le monde. Cela débute toujours par l’acceptation de notre propre transformation, comme nos textes nous le racontent et comme notre tradition nous l’enseigne.


Puissions-nous tous sortir de nos Egyptes,


Pessah Casher Vesameah, Bonne fête de Pessah à toutes et tous


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